Thursday, August 11, 2011

5 pairs d'Adidas et un très écran plasma, parce-que c'est mon droit!


Il est évidemment tentant de transposer notre petite expérience de 2005 dans l’Angleterre d’aujourd’hui.
D’autant que le point de départ semble similaire : un criminel armé flingué avec raison, ce dont on ne peut que féliciter la police de Sa Majesté.
Mais à l’évidence ces émeutes ne sont pas raciales.
Autant celles de 2005 en France étaient clairement des émeutes du Ramadan et avaient non une composante raciale mais un caractère racial essentiel, réunissant surtout des noirs et des musulmans, autant les émeutes de Londres n’ont qu’une — ou plutôt ont des composantes raciales indéniables, mais pas plus.
D’abord les émeutiers ne sont pas tous noirs ou « asiatiques » — ce qui en anglais poli veut dire pakistanais, indien, musulman et tout ce qui s’y ramène.
Même en supposant que certains medias anglais trient les photos, il y a des pillards blanc, bien anglais, et qui ne se font pas bolosser pour leur butin par leurs compagnons d’émeute.
Ensuite, il y a des victimes qui ne sont pas « blanches », en nombre important.
Ainsi des Turcs se sont-ils mis à taper sur des noirs qui voulaient mettre à sac leur quartier plutôt que de se joindre aux émeutiers pour se diriger vers un quartier blanc, ce qui aurait été concevable dans une émeute raciale.
Sans doute les quartiers multiethniques ont été les premiers à flamber.
Sans doute une majorité d’émeutiers n’est pas composée de « bons anglais bien blancs ».
C’est somme toute banal de le constater, pour de simples raisons sociologiques : on ne pille pas quand on habite le fond du Kent ou Chelsea.
On ne met pas le feu aux immeubles quand on est arrivé péniblement à acheter un bien immobilier à Londres, même dans un quartier très banal.
On pille et on met le feu quand on n’a pas tout cela à perdre.
Un certain nombre d’autorités locales l’ont bien compris, qui ont d’ores et déjà déclaré vouloir expulser les émeutiers identifiés des logements sociaux qu’ils occuperaient.
Peut-être même y a-t-il des cris racistes anti-blancs ici et là, mais ils semblent bien rares.
Sans doute aussi la paralysie de la police anglaise est-elle en partie due à sa peur panique d’être accusée de racisme ou de violences contre des « communities ».
On sait que depuis des décennies cette peur, issue d’un complexe de culpabilité coloniale, est commune aux deux partis qui alternent au pouvoir.
Chez les conservateurs cette orientation dominante depuis l’éviction d’Enoch Powell a été un peu écornée par David Cameron, qui a récemment parlé de « britishness » pour flétrir le multiculturalisme. Que la police et les autorités londoniennes soient si sensibles au politiquement conforme n’a rien arrangé, c’est donc entendu aussi.

Reste que ce ne sont pas tant des émeutes d’immigrés contre les Anglais de souche que des émeutes de pauvres contre les riches, ou ceux qui sont perçus comme tels car ils sont du bon côté de la société de consommation capitaliste et technique.
Avec le cortège de pillages de magasins de sport, de mode, de parfums, de hi-fi et autres stands de cigarettes que ces mots peuvent recouvrir dans les faits.
Les émeutes de Londres sont les premières émeutes importantes à l’échelle d’un pays à accompagner la mort des États providence européens, la faillite définitive dans la dette des ridicules ambitions sociales-démocrates qui pourrissent notre continent depuis plus de soixante ans.
Appelez ça modèle républicain, modèle Rhénan, Welfare ou nouvelle société, c’est la même chose.
Car ces pauvres, malgré les apparences, sont des enfants gâtés.
Et ils réagissent comme tous les enfants gâtés qu’on prive brusquement de leur jouet ou de leur quatre heures.
Je dis bien ces pauvres.
Car en Angleterre comme en France, il existe aussi une vraie grande pauvreté, mais celle là n’organise pas d’émeutes avec des Blackberry achetés grâce à l’argent redistribué par les politiciens à travers des allocations sociales.
Car ces allocations arrivent rarement à ceux, vraiment en grande difficulté, qu’il serait légitime d’aider.
L’immigration excessive depuis des décennies accroît bien entendu ces données, mais ne fait que les accroître et les compliquer.
Cette révolte des allocataires et autres bénéficiaires, de ceux qui on l’habitude de percevoir largement de l’argent prit aux autres par l’impôt ou volé à l’avenir par l’emprunt, touche le pays qui a été le plus socialisé d’Europe, qui est allé le plus loin dans l’État providence, jusqu’à son absurde système de santé actuel auquel même Margaret Thatcher n’a pu toucher significativement.
On a oublié à quel point le collectivisme social forcené avait fait du Royaume-Uni l’homme malade de l’Europe des années 70.
Aujourd’hui la pression fiscale a diminué et il serait périlleux pour le gouvernement de David Cameron de la rehausser significativement, électoralement périlleux mais aussi en raison de la loi de Laffer. Quant à la dette, on sait ce qu’il en est. Si bien que peu à peu et malgré les abrutis comme Stiglitz, on voit céder devant le réel les ahurissantes stupidités keynésiennes qui reviennent in fine à prétendre qu’il suffit d’emprunter ou de créer de la fausse monnaie pour que tout aille toujours bien.

Ces gens habitués à recevoir de l’argent pour tout, sous tout prétexte, sans jamais être contraints de créer de richesse réelle en investissant cet argent, donc habitués à détruire de la richesse — c’est la seule chose que sache faire le socialisme —, continuent différemment à faire ce qu’ils ont toujours fait.
La richesse détruite quand on met le feu à un magasin ou qui y est pillée est seulement plus spectaculaire à voir que celle détruite via les mécanismes de l’État-providence, dont les émeutiers ont bien compris qu’on allait les sevrer en grande partie, pour simple cause de faillite et d’impossibilité de rembourser les dettes contractés.
Il faut ajouter à cela l’âge des émeutiers, génération qui en raison même de la perpétuation de l’État-providence en faillite, de ses constructions sociales à base de redistribution plus que d’épargne individuelle, a le sentiment, souvent juste, de se retrouver condamnée à payer d’une manière ou d’une autre, pour l’imprévoyance et les doux rêves sociaux de leurs aînés.

L’alliance est alors naturelle entre ceux des immigrés qui ont l’impression éternelle que l’homme blanc leur doit quelque chose et ce demi-prolétariat, où les anglais de souche sont nombreux, qui croit lui qu’un magot est caché quelque part et que l’État pourrait le taxer à leur profit, ce qui leur permettrait de continuer à profiter d’aides sociales généreuses. Dans les deux cas, tout un discours idéologique en faillite où se mêlent socialisme, marxisme, communisme, tiers-mondiste, idéologie écologique ou encore christianisme dévoyé est à leur disposition pour légitimer cette évidence qu’ils ressentent :
On ne leur enlèvera pas ce qu’on leur doit de leur point de vue et à quoi ils sont habitués.

Du moins pas sans qu’ils cherchent à tout casser.
Dès lors, la rigueur financière anglaise, même annoncée plus que réelle encore, ne pouvait qu’aboutir à ces émeutes.
Dans les pays européens qui ont pris l’autre chemin avec l’euro, soit une réforme financière de façade accompagnée du laxisme de la BCE qui mènera à l’altération de la valeur de la monnaie, les émeutes dues à la même conjonction entre immigration et appauvrissement viendront aussi.
Elles seront sans doute plus graves.
En effet, le processus économique par lequel les alcooliques finaux de la dette sont mécontent qu’on leur confisque leur bouteille sera encore moins qu’en Angleterre compréhensible au citoyen lambda sûr de ses droits, et d’autre part il ne manquera pas de bistrotiers politiques pour leur promettre un dernier verre en échange de leur vote (on peut d’ailleurs noter qu’en Angleterre Milliband a été plutôt responsable, l’éloignement des prochaines élections aidant sans doute).

Or voter ne change rien à la réalité, qui est tragiquement simple :

Les modèles européens sont en faillite sous le poids de leurs dettes qui ont servi durant des décennies à financer des gabegies inconcevables et des dépenses de fonctionnement stériles plutôt que des investissements.
Si bien que les seules économies significatives qui pourront être faites consisteront à couper à la hache dans les dépenses sociales et assimilées.

6 comments:

  1. D'après ce que l'on peut lire en ce moment, le modèle américain n'est pas plus prospère. Et selon d'autres sources, le problème ne provient pas des dépenses sociales (dont on peut discuter de la bonne gestion, il est vrai) mais des dérives multiples du monde de la finance et de la mondialisation. Quoique tu en penses, ce sont les banques qui sont à l'origine de la crise de 2009 et ces organismes capitalistes purs et durs ont été bien contents de voir les états providences les secourir. Dans ces conditions, il n'est pas normal que ce soit le citoyen qui paie la facture par un durcissement de ses conditions de vie et des licenciements en masse. Les idéaux de droite ont aussi leurs dérives.

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  2. Pffffff...
    oui oui, c'est tout la faute de ces salauds de riches...
    D'ailleurs,ce soir, je vais allez voler un écran plasma et brûler une voiture et le magasin du pakistanais du coin pour démontrer mon mécontentement envers "les dérives multiples du monde de la finance et de la mondialisation"

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  3. C'est toi qui choisis de faire dans le raccourci facile. La crise de 2009 et les prolongations qu'on subit actuellement ont pour origine l'endettement excessif des familles américaines ayant souscrit à des crédits insensés, poussées par les banques qui ont voulu se faire de l'argent facile. Quand le système s'est effondré (je ne m'en souviens plus des détails de l'affaire, j'avoue. Je ne suis pas analyste financière), les banques européennes ont été englouties dans la tempête car elles avaient investi à tort dans ce marché bancal. Il ne s'agit pas de pointer les "riches" du doigt. Simplement de mettre en exergue l'irresponsabilité de ces organismes qui pensent au profit à court terme et se foutent du reste. Tu peux ne pas être d'accord avec ce que je dis, c'est néanmoins le cours de l'Histoire. Quand aux émeutes sociales que vit la GB et qui apparaissent sporadiquement ailleurs, elles ont d'autres causes, plus anciennes et diverses. C'est un mix de misère sociale et économique (justifiée ou pas), d'inculture etc... Comme je l'ai dit ci-dessus, on peut discuter de la gestion de l'aide sociale mais ne tombe pas dans la caricature quand tu veux trouver des arguments pour signer la fin de l'état providence. Et reste assez objectif pour reconnaître que l'idéologie de droite n'est pas la panacée non plus.

    Que mon avis...

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  4. Que les crétins masqués qui saccagent des boutiques de luxe ou des Lidl ici ne sont mûs que par l’envie de posséder, c’est une évidence pour tout observateur un peu honnête. C’est toute l’habilité du système consumériste règnant d’avoir su concentrer toutes les pulsions d’opposition ou de révolte des gens vers l’appropriation. Exister se résume pour nos casseurs à afficher des signes extérieurs de « richesse ». Il en ressort un sentiment d’effrayant gâchis en termes humains: sommes-nous condamnés à ne plus aspirer qu’à imiter l’existence dictée par la doxa publicitaire? Il fut un temps où les révoltés affichaient une vision du monde, fruit d’une réflexion et de lectures abondantes. Pour le pire comme pour le meilleur mais qu’importe: de l’espoir et une dynamique sont sortis de ces oppositions passées, souvent violentes. Des émeutes londoniennes, françaises ou belges, on ne peut attendre par contre que le chaos et la régression vers le néo-tribalisme. La mythologie révolutionnaire n’est pas négative en soi. Elle est porteuse de valeurs positives si ceux ou celles qui la mènent vivent ces valeurs et ne se trompent pas d’époque et de lieu.

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  5. Anonymous9:48 am

    "C’est toute l’habilité du système consumériste règnant d’avoir su concentrer toutes les pulsions d’opposition ou de révolte des gens vers l’appropriation". Tu as tout à fait raison. Ces gens ne se révoltent pas pour améliorer leurs conditions de vie ou contre une injustice (ce n'était que le prétexte déclencheur) mais parce qu'ils ne possèdent pas la même chose que les riches. Je suis d'accord avec ça. Sentiment de frustration, produit d'une inculture savamment entretenue, d'abord au sein des populations défavorisées (cible facile) et qui tend à atteindre d'autres strates de la société. Quand le peuple se met à réfléchir, c'est pas bon. Abrutissons-le par divers moyens : pubs, désinformation, surinformation, absence d'apprentissage de l'esprit critique etc.

    Bêêêê ! ;)

    (c'est moi mais j'arrive plus à poster de commentaire avec mon compte Wordpress

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  6. Anonymous1:55 am

    http://www.bbc.co.uk/news/magazine-14679657

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